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 Haïti - 09/09/2003
Mais que fait l´Etat ? Leçons haïtiennes sur les limites du secteur privé dans le développement..

Dans l'économie mondialisée, les entreprises multinationales sont souvent considérées comme des grandes puissances, qui supplantent parfois le pouvoir des Etats. Les entreprises se voient donc attribuer des nouvelles compétences, et, non sans risque, de nouvelles responsabilités. Au cours de notre périple, nous avons pu constater l'existence de véritables projets de développement "durable" financés ou réalisées par ces entreprises. Il s'agit souvent d'un coup de pouce au pays qui les accueille, qui leur ouvre leur marché ou leur main d'?uvre. Un échange de bons procédés, qui passe souvent par des partenariats avec des ONG internationales, dont le travail ne peut être remis en doute. Les bonnes intentions ne sont pas toujours de mise, mais finalement peu importe, le résultat est là, et le pays comme l'entreprise y trouvent leur parti.

« Le développement, il est a Miami ! »

De là à voir dans ces entreprises bienfaitrices le salut du tiers monde, il n'y a qu'un pas à franchir. L'expérience d'Haïti nous en empêche, et la situation du pays nous rappelle que l'acteur fondamental du développement est avant tout l'Etat. Avant les ONG, avant les entreprises, c'est bien de volonté politique dont on a besoin pour sortir de la misère. Et c'est bien de misère qu'il s'agit dans ce magnifique pays que les habitants appellent si tristement "pays-fatras, pays-misère". Haïti survit, comme par miracle, mais la population souffre d'une dictature (encore une), qui semble ignorer ses souffrances, et n'a pas inscrit le développement dans ses priorités. En discutant avec des haïtiens, on se rend compte de leur absolu manque de confiance dans leur gouvernement, qui ne fait rien pour développer un pays à la dérive.

Le mot même de développement fait sourire Etienne, étudiant lucide en Sciences Politiques à Port-Au-Prince : "le développement, il est à Miami ! Personne ne croit plus à un avenir en Haïti. Les élites sont en fuite". Lorsque je lui parle de ce que nous étudions, du rôle des entreprises dans le développement durable, j'ai droit à un autre sourire. Il doute qu'Haïti soit un terrain propice à notre étude. "Déjà, il manque les entreprises ! Plus sérieusement, il manque une volonté politique de développer le pays. Les ONG pansent les plaies, quelques entreprises locales prospèrent (principalement dans l'import), mais cela ne suffit pas. « En effet, le pays a besoin de routes, d'hôpitaux et d'écoles. On voit mal comment ONG et entreprises pourraient assurer ces services. La société civile est importante pour guider un Etat démocratique dans sa politique, mais elle ne peut pas prendre toutes les mesures. »

Le grand espoir du développement touristique

Lorsqu'on évoque le tourisme, avec en tête le succès des voisins de République Dominicaine, on est confronté au même problème. Il est certain que les entreprises hôtelières seraient ravies de s'implanter sur ce qui était autrefois appelé "la perle des Caraïbes", tant le potentiel touristique y est important (plages de rêve, intérêt historique, population accueillante). Grâce aux leçons du passé, on pourrait même éviter les écueils rencontrés ailleurs et faire réellement bénéficier la population de ces dollars touristiques. L'impact en terme de développement pourrait être phénoménal. Mais encore une fois cela ne se fait pas automatiquement. Le développement n'est pas une fatalité, et comme souvent la main invisible du capitalisme ne suffit pas. L'Etat est celui qui devrait inviter les investisseurs, c'est à leur envoyer des signaux de confiance?Dans le contexte politique Haïti, cette impulsion ne se fait pas, l'Etat étant le grand absent d'un développement devenu improbable. Faute d´avoir un gouvernement actif, les haïtiens, « dans le rouleau » comme ils disent, attendent un geste de la communauté internationale, dernier rempart contre la déroute générale.



Outre la découverte d'un pays inoubliable, notre passage en Haïti a enrichi notre étude en ébranlant nos certitudes. Le développement, durable de surcroît, n´est pas en premier lieu l´affaire des entreprises. Leur action ne vient qu´améliorer ou corriger une politique existante, qui fait malheureusement défaut en Haïti.



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