Portrait de Roberto Guevara, l'homme des bidonvilles de Mexico - 20/07/2003 - Mexique
Mai 68 : Roberto de Guevara Rubio atterrit dans un Paris dépavé afin de terminer ses études de théologie. Ce jeune homme mexicain de bonne famille a choisi Dieu pour se rapprocher des hommes. Juste après ces 3 années parisiennes, il partira en Inde dans les bidonvilles de Bombay pour une mission humanitaire de plusieurs mois. Sa rencontre de la misère et de la pauvreté extrêmes changera sa destinée. Il rentre au Mexique et se lance dans l'aide au développement des bidonvilles à partir de 1978. Mexico, l'une des plus grandes villes du monde avec 20 millions d'habitants, présente des problèmes urbains identiques à ceux rencontrés à Bombay, la criminalité en plus. Après plusieurs années sur le terrain, le Père Guevara nous expose sa vision des choses : l'équation du développement de ces bidonvilles tient en trois termes : études, nourriture et santé. "A Mexico City, 90% des membres de gang n'ont jamais été scolarisés". En 2000, il fonde FAE, une ONG se chargeant de l'éducation des plus jeunes dans l'un des quartiers les plus pauvres de Mexico. Trois crèches sont installées dans les bidonvilles jouxtant le lac de Texoco, à 20 mn du centre de la capitale.
Les trois crèches de FAE rassemblent plus de 450 enfants, et 62 personnes y travaillent. Ces enfants devraient normalement errer dans la décharge avoisinante à la recherche de plastique et de canettes. Le père Guevarra a également créé un programme spécifique pour les enfants handicapés, souvent rejetés par leur famille craignant qu'une malédiction ne se soit abattue sur elle.
FAE a un budget annuel important (près de 360 000 USD). Pour se financer, le père Guevarra s'est adressé à Fondo Unido, l'une des plus importantes ONG mexicaines. Il a convaincu plusieurs entreprises partenaires de Fond Unido de l'aider : Schneider Electric et plusieurs entreprises américaines installées au Mexique financent ce projet.
Féru d'histoire, prolixe sur les problèmes de développement dans le monde, il passe les différentes difficultés du Mexique en revue, commençant par les échanges internationaux. Il fustige par exemple les accords de libre échange passés avec les Etats-Unis. Ces derniers ont provoqué selon lui la mort de 200 000 petites entreprises mexicaines. L'ouverture des frontières mexicaines aux biens de consommation a provoqué un affaissement de la petite industrie locale, au bénéfice de produits "made in China".
Les clandestins mexicains traversant la frontière vers le "rêve" américain ? Une soupape de sécurité, un simple accord officieux, susurre-t-il en souriant : le fonctionnement de l'économie américaine nécessite une main d'?uvre à bas prix, l'économie mexicaine a besoin des revenus renvoyés au pays par ces "expatriés". Depuis 3 ans, ces revenus seraient même devenus la 3ème ressource du pays? Chaque année, environ un million de personnes passent illégalement cette ligne de démarcation surréaliste pour un pays comme les Etats-Unis : des gardes en tenue commando, armés jusqu'au dents, patrouillant en quad dans le désert à la recherche de clandestins mexicains?
Nous marchons dans les ruelles des bidonvilles en discutant, le père ayant un mot ou un sourire pour tout le monde. Le temps semble glisser sans laisser de trace sur ce jeune gaillard de 65 ans. "La retraite, à quoi servirait-elle ? J'aide ces enfants tous les jours, eux m'aident à leur façon".