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Juste Planète sur le terrain : suivi d'un audit social de fournisseur en Chine - 15/01/2003 - Chine

Shenzhen, le 25 janvier 2003

(Veuillez excuser l?absence d?illustrations mais pour des raisons de confidentialité, il n?a pas été possible de prendre des photos durant la mission)

Aujourd'hui, nous accompagnons une équipe de CSCC, l'un des cabinets mandatés par le groupe PPR pour réaliser des audits sociaux de ses fournisseurs en Chine. Notre but est de comprendre comment se déroule sur le terrain un de ces fameux audits sociaux, qui sont devenus un passage obligé pour les distributeurs occidentaux. Les auditeurs, tout d'abord perplexes à l'idée d'être accompagnés lors d'une mission totalement confidentielle, acceptent finalement de nous emmener pour l'audit d'un fournisseur de Redcats. L'usine de ce même fournisseur est située à Shenzhen, dans une province surnommée "l'atelier de la Chine", et que l'on pourrait sans doute renommer "atelier du monde", tant la concentration industrielle y est impressionnante?

Nous arrivons avec nos préjugés d'occidentaux, prêts à voir le pire dans une usine 100 % chinoise qui assemble des sous-vêtements pour différentes marques européennes. Sur la route de l'usine, Alex P., le manager de l'équipe, un expatrié mexicain de 25 ans qui a déjà trois ans d'expérience, nous rassure en nous confiant que les conditions de travail qu'il a observées en Chine sont souvent meilleures que dans son pays d'origine

Une visite "semi surprise"

Le travail des auditeurs est de vérifier que les fournisseurs respectent d'une part la législation du travail en vigueur dans le pays, et d'autre part la charte éthique du client. L'usine emploie 1 300 personnes, principalement des femmes entre 18 et 40 ans, qui exécutent des tâches relativement simples (principalement de la couture), ne nécessitant pas la manipulation de produits toxiques ou particulièrement dangereux. Conformément au souhait de Redcats, il s'agit d'une visite "semi-surprise", puisque la direction a été prévenue de la prochaine visite d'auditeurs, mais sans en préciser la date exacte. Selon Alex B., cette pratique courante permet à l'entreprise de préparer la venue des auditeurs sans pour autant leur réserver un accueil en grande pompe.

La mission se divise en trois parties réalisées séparément par les trois membres de l'équipe :
- l'interview de dix employées, choisies au hasard, sur les conditions de travail, le logement, l'âge des employés et les salaires
- la revue de documents : registres des salaires, fiches de paie, contrats d'embauches, heures supplémentaires
- la visite de l'usine, axée principalement sur les conditions d'hygiène et de sécurité.

Nous sommes accueillis par le directeur de l'usine, entouré du responsable qualité, du directeur des ressources humaines et du chef comptable, tous souriants sans pour autant apparaître très sereins. Après une brève présentation de l'équipe et de la mission, Alex P. expose la politique de son cabinet, ce qui l'oblige à décliner la chaleureuse invitation à déjeuner du directeur. Ce dernier, un entrepreneur hongkongais visiblement habitué à ces pratiques, ne se vexe pas, et, dans un anglais parfait, nous invite à le suivre pour la visite de "son" usine, dont il semble très fier. L'ambiance est cordiale, même si plane une certaine tension.

Le tour de l'usine

La visite se déroule sans heurt. L'usine est moderne, propre, loin de ce que nous imaginions. Dans d'immenses salles, les ouvrières alignées travaillent, concentrées sur leur machine à coudre. L'éclairage, la distance entre les ouvrières, et le niveau de bruit sont satisfaisants. En l'absence de problèmes graves apparents, Alex porte une attention particulière sur des points de détail : propreté des toilettes, contenu des boîtes à pharmacie, vérification des extincteurs, position des disjoncteurs? Fort de son expérience, il distille des conseils pour améliorer la sécurité, notamment sur les machines à coudre dépourvues de protège-courroies. Le responsable qualité semble intéressé et prend note. La visite se termine par les dortoirs. En effet, comme dans la plupart des usines chinoises, les ouvrières habitent sur place, dans une "résidence" attenante à l'usine. Le logement est rudimentaire mais propre. A vingt par dortoir, les employées ne bénéficient pas d'une grande intimité, mais comme le note le directeur : "elles viennent pour gagner leur vie, et ici elles peuvent travailler décemment en étant nourries et logées". Des espaces de vie commune sont aménagés, avec télévision, karaoké, et aire de jeux pour les enfants. Une fois encore, Alex s'intéresse à la sécurité, en examinant l'installation électrique et les issues de secours, qui sont en règle.

Points relevés et conclusions

Après deux heures de visite, nous retrouvons les deux autres auditeurs pour un premier débriefing. Les interviews, auxquels nous n'avons pas pu assister en raison de la barrière linguistique, n'ont pas soulevé de problèmes significatifs et les données du registre des salaires sont en accord avec la législation et la réalité observée. Une seule incertitude demeure quant au calcul des heures supplémentaires, qui ne semble pas connu des employés, et derrière lequel peuvent parfois se cacher des pratiques de travail forcé. Des explications sont demandées au management de l'usine, qui présente alors la complexe méthode de calcul, ce qui donne lieu à une discussion animée. Il en ressort que les employés, s'ils ignorent la formule de calcul, sont informés du montant touché en heures supplémentaires.

Pour clore la mission, l'équipe d'audit présente ses conclusions au management, les problèmes relevés, et les solutions possibles pour les régler. Le cabinet recommande notamment une plus grande transparence sur le calcul des heures supplémentaires. Alex conseille également un procédé qui améliore la sécurité des machines à coudre, qu'il a observé dans d'autres usines de confection. Ces éléments seront repris dans le rapport rendu à Redcats, et feront l'objet d'un suivi lors des prochains audits.

Dans la voiture qui nous ramène à Shenzhen, nous questionnons Alex sur la mission. Nous a-t-on montré une usine modèle? Est-ce toujours aussi rapide et simple? Il nous explique alors que certes, l'usine était clairement dans la tranche supérieure en terme de conditions d'hygiène et de sécurité, mais que globalement, les conditions de travail s'améliorent dans le Sud de la Chine, région en fort développement. En effet, pour attirer des travailleurs chinois plutôt "volages", les employeurs doivent leur offrir toujours plus, en terme de salaires et de conditions de travail. Et de l'autre côté de la chaîne, les entrepreneurs subissent une pression des distributeurs, pour qui la qualité passe désormais par le respect de la dignité de l'employé.

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