Les paysans sans terre, le succès d'un aménagement du territoire forcé ? - 10/10/2003 - Brésil
Macéo de Itapipoca, Ceara, Nordeste brésilien.
Historique du mouvement des paysans sans terre
Il existe au Brésil un problème de répartition de la terre datant de la conquête portuguaise et de l?esclavagisme, et une tendance forte des grands propriétaires à la concentration des terres agricoles, ces derniers laissant des pans entiers de terre en jachère. Une part importante des petits agriculteurs se retrouvent sans terre. Au début des années 80 naît le mouvement des paysans sans terre (MST). La tactique du MST est simple : des paysans s'emparent des terres des grands propriétaires, souvent incultivées, installent des "campements" (appelés ascenamentos) et se mettent à produire en coopératives.
Occupation des terres de force et exploitations et scènes de violence entre des populations vivant dans des conditions terribles et les grands propriétaires terriens ont rythmé ces 25 dernières années. Les paysans dorment sous des bâches avec une température de plus de 40°C la journée, les conditions d'hygiène se sont très vite dégradées avec l'agrandissement de ces communautés. Combattu violemment par les grands propriétaires terriens dans les années 80, un renouveau de ce mouvement apparaît lors de la dernière décennie. L'élection de Lula à la présidence du Brésil en 2002 redonne espoir aux paysans sans terre : l'ancien syndicaliste avait promis pendant sa campagne électorale de régler le problème une fois pour toutes. Lula soutient en effet une politique sociale proche du peuple et des populations défavorisées, et suscite un espoir certain. De nombreux "ascenamentos" fleurissent partout au Brésil et précisément dans le Nordeste, la région la plus pauvre de ce vaste pays.
Depuis sa nomination, le ministre du développement agraire, Miguel Rossetto, a aidé 80 000 familles du MST à s'installer. Il entend utiliser au maximum la législation déjà existante, mais auparavant peu respectée, qui permet au gouvernement d'exproprier des terres que les grands propriétaires laissent en friche pour spéculer. Plus de 100 millions d'hectares (la moitié des grandes propriétés) pourraient être redistribués.
Mission Juste Planète Dans un petit village perdu du Nordeste, à quelques kilomètres de la mer, un sable omniprésent, les dunes dominent le paysage. Vie rugueuse, chaleur tropicale sèche. L'ONG IDER, installée à Fortaleza, permet aux paysans sans terre habitant à cet endroit depuis 20 ans de recevoir l'électricité grâce à des panneaux solaires installés sur chaque maison.
Une communauté de paysans sans terre s'est implantée à Macéo de Itapipoca, une petite commune à 200 km au nord de Fortaleza. Depuis le milieu des années 80, cette communauté collectiviste s'attache à répartir équitablement les terres : 2 hectares par famille, qui pratiquent des cultures de subsistance leur permettant de se nourrir et de vendre le surplus à l'extérieur. Accueillis dans le bureau du chef du village, ce dernier nous explique le système collectiviste qui fonctionne de manière efficace pour la communauté et nous fait visiter différentes habitations. 20 ans après leur installation, les paysans habitent aujourd?hui des maisons construites en dur, le développement a donné à ces populations une vie plus digne, alors qu'ils avaient occupé cette terre de manière illégale à partir de 1982.
Nous visitons ensuite un système d'irrigation solaire, un ensemble de panneaux fournit l?énergie à une pompe pour ramener l'eau d'un puit pour ensuite irriguer la terre et permettre aux plantes de pousser sous une chaleur torride, panneaux solaires pour électrifier les habitations des paysans.
Le vent souffle constamment sur cette partie du Brésil s'offrant à l'Océan Atlantique. L'ONG IDER et les paysans sans terre testent un projet d'éoliennes qui permettrait de fournir en énergie l'ensemble du village, et même de vendre le surplus. Projet intéressant dans un pays confronté à des pénuries chroniques d?électricité. "Le vent, le soleil, le sable, que nous faut il de plus ?" nous glisse le chef en souriant.